6. Quatre conceptions classiques de l’intelligence
Deux axes structurent quatre conceptions : humain ou rationnel, puis processus de pensée ou comportement observable. L’axe humain cherche la fidélité à la performance ou aux mécanismes humains, lesquels peuvent aussi mobiliser intuition et émotion; l’axe rationnel vise un traitement plus formel fondé sur la logique, les mathématiques ou l’ingénierie.
6.1 Penser comme un humain : modélisation cognitive
La modélisation cognitive cherche à reproduire les processus mentaux humains. Elle combine introspection, psychologie expérimentale et observation du cerveau afin de proposer puis tester des modèles. Cette perspective appartient largement aux sciences cognitives et ne constitue pas l’axe principal du cours.
6.2 Agir comme un humain : test de Turing
Dans le test de Turing, un interrogateur échange à distance avec une personne et une machine, puis tente de les distinguer. La réussite exige plusieurs capacités : traitement de la langue, représentation des connaissances, raisonnement et apprentissage; une version incarnée ajouterait la perception et la robotique.
Le test juge donc une équivalence de comportement, non une identité du mécanisme mental. Comprendre la question, mobiliser les connaissances pertinentes et produire une réponse linguistique cohérente sont déjà plusieurs problèmes d’IA réunis dans une même épreuve.
Le test évalue le comportement observable plutôt que le mécanisme interne. Il a une grande importance historique, mais il ne constitue ni une définition complète de l’intelligence ni l’objectif technique central du cours.
6.3 Penser rationnellement : lois de la pensée
Cette conception formalise le raisonnement correct au moyen de la logique. Un syllogisme applique une règle générale à une situation où ses prémisses sont vraies afin d’en tirer une conclusion. Par exemple : si je sors et qu’il pleut, je prends mon parapluie; je sors et il pleut; je prends donc mon parapluie.
La logique fournit des règles d’inférence précises, mais elle dépend d’une représentation adéquate du monde. Une conclusion formellement correcte peut être peu utile si les prémisses sont fausses, incomplètes ou incapables de représenter l’incertitude. Cet axe sera approfondi dans les modules de logique et de raisonnement.
6.4 Agir rationnellement : agent rationnel
Un agent rationnel perçoit un environnement qu’il ne contrôle pas entièrement et choisit l’action la plus appropriée compte tenu de ses informations, de ses objectifs, de ses contraintes et du temps disponible. La rationalité n’exige donc pas nécessairement l’omniscience ni une solution mathématiquement optimale; elle exige le meilleur choix réalisable dans la situation connue.
Un agent peut agir seul ou au sein d’un système multiagent. Les agents peuvent communiquer directement, s’influencer seulement par l’environnement ou employer des mécanismes internes différents. La catégorie « agent rationnel » décrit la qualité attendue de l’action plutôt qu’une architecture technique unique.
Cette conception s’intéresse d’abord à la qualité de l’action. Le mécanisme interne peut être symbolique, neuronal, probabiliste ou hybride. Plusieurs agents peuvent aussi communiquer, coopérer ou entrer en interaction sans communication explicite.
Les quatre conceptions ne sont pas mutuellement exclusives. Elles forment une grille de lecture, non quatre catégories étanches.